Robert Guédiguian impose un serment de loyauté à tous les figurants de ses films avant chaque prise
Le cinéaste marseillais exige désormais que chaque comédien, technicien et passant filmé jure solennellement de voter contre le Rassemblement national, caméra allumée, avant le premier clap.
Robert Guédiguian a instauré un rituel obligatoire sur tous ses tournages : avant la première prise de chaque journée, l'ensemble de l'équipe et des figurants doit prêter serment, main droite levée face caméra, de voter contre le Rassemblement national à chaque élection jusqu'à la fin de sa carrière. Le cinéaste supervise personnellement la cérémonie, chronomètre en main, et refuse tout figurant qui récite la formule trop vite.
« Nous avons perdu la bataille culturelle, donc nous la rejouons sur le plateau, plan par plan », a expliqué le réalisateur lors d'une pause à Marseille. La production a fait construire un podium en bois de trois mètres dans chaque décor, avec un micro sur pied et un drapeau tricolore fourni par un accessoiriste. Les comédiens qui doivent tourner une scène de dispute conjugale passent d'abord par le serment, puis retournent se disputer.
Le dispositif a pris une telle ampleur que les riverains du Vieux-Port se sont organisés en files d'attente dès six heures du matin pour prêter serment à leur tour, espérant apercevoir une caméra. Un boulanger a fermé boutique deux jours pour installer un stand de boissons chaudes à l'entrée du plateau. La mairie a dû déplacer un marché hebdomadaire pour laisser passer le podium.
Selon la régie, chaque serment dure en moyenne quatre-vingt-dix secondes, et le tournage a accumulé depuis trois semaines l'équivalent de onze journées entières de prestations de serment. Guédiguian envisage désormais d'exiger la même cérémonie des spectateurs à l'entrée des salles, avec un contrôleur chargé de vérifier la sincérité de la voix.
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